celimene4 - Franck Harscouët« Un grand coup de foudre ! Inoubliable ! »

Disparu récemment, Jacques Rampal fut à la fois dessinateur, écrivain et homme de théâtre. De ses seize pièces de théâtre, qui vont du drame social à la comédie légère, en passant par la tragédie classique en alexandrins, Célimène et le Cardinal, sa première, est la plus célèbre. Créée en 1992, elle obtient sept nominations aux Molières, dont révélation et meilleur auteur, et en décroche deux : meilleure comédienne (Ludmila Mikaël), meilleurs costumes et décors. Traduite en de nombreuses langues elle est jouée dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis et en Inde.

Comment avez-vous rencontré Jacques Rampal ? Quel souvenir en gardez-vous ?

Gaëlle Billaut-Danno : Un pur hasard, j’ai rencontré Jacques Rampal lors d’un dîner. Nous avons tout de suite sympathisé ! Et un beau jour il m’a proposé de partir jouer Célimène et le Cardinal pour une tournée de trois semaines en Inde. Un vrai cadeau de la vie !

Pierre Azéma : Je l’ai rencontré à l’occasion de cette même tournée en Inde. Au départ, nous devions uniquement jouer le spectacle là-bas, et nous voilà, trois ans après, avec quelques 250 représentations derrière nous, en France et à l’étranger. Quelle aventure !

Vous a-t-il donné des consignes de jeu ? Cela vous a-t-il nourri ?

P.A : Il a été le premier à nous mettre en scène. Nous avons donc eu le privilège d’avoir les indications de l’auteur en personne ! Jacques, pour moi, est le plus grand amoureux de Célimène (et donc des femmes en général !), et je crois que ça le rendait un peu jaloux d’Alceste…

G.B-D : Nous avons travaillé main dans la main. Jacques était très fier de notre spectacle et j’ai beaucoup apprécié ses conseils. Lors de la reprise en France il a passé le relais à Pascal Faber, mais il est toujours resté très présent et attentif !

Comment avez-vous découvert son texte, qu’avez-vous ressenti ?

G.B-D : La pièce a été créée il y a près de 25 ans et mes parents m’avaient emmenée la voir au Théâtre de la Porte Saint Martin ! Un vrai coup de foudre, inoubliable ! Si on m’avait dit qu’un jour je monterais sur les planches pour interpréter Célimène, je ne l’aurais sans doute pas cru.

P.A : J’ai eu des frissons dans le dos en découvrant à quel point Alceste était parfois complètement fou, avec des œillères et en même temps en énorme pouvoir ! Je me suis dit : à quel moment vais-je pouvoir lui donner un peu d’humanité, susciter un peu d’empathie de la part du public ?

Quel souvenir avez-vous gardé de sa vie, de son œuvre ?

P.A : Jacques m’est apparu comme un être tout à fait iconoclaste ! Totalement érudit, il était passionnant quand il parlait littérature et de théâtre, et il était hilarant quand il nous contait ses anecdotes au moment où il dessinait et écrivait pour Pilote…Les quelques pièces que j’ai lues montrent à quel point c’était un grand amoureux, au-delà de Célimène, de la langue française.

G.B-D : Même si pour moi, Célimène et le Cardinal reste sa pièce la plus aboutie, à chaque fois j’ai admiré sa plume, son humour, son inventivité, sa truculence. J’aimais aussi son franc parlé et ses colères ! Ça faisait partie de son personnage même si ça a pu parfois le desservir…